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Le deuil du Tigre, lu par Patrick Barbier

Chemin Faisant, c’est une grande famille réunie autour de l’amour du livre et de la littérature. C’est aussi des copains qui s’apprécient tant personnellement que professionnellement et qui savent bien qu’il est difficile de faire de l’auto-promo. Alors ils n’hésitent pas à dégainer leur plus belle plume pour parler d’un livre qu’ils ont aimé.

Cette semaine, Patrick Barbier partage son enthousiasme à propos du dernier roman de Michel Dréan : Le deuil du Tigre. Autant vous prévenir, il a aimé !

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La voie aux chats pitres

couv le deuil du tigre 12x18 (2)Autant vous le dire tout de suite, si vous êtes adeptes de « La petite maison dans la prairie », ce livre n’est pas pour vous. Couper du bois en souriant comme un crétin aux piafs et aux écureuils en rupture de ban avec Blanche Neige, n’entre pas du tout dans les projets du « héros » du dernier roman de Michel Dréan. Ou alors juste pour la hache. C’est ludique les haches, surtout quand on aime massacrer ses contemporain(e) s.
Je ne dévoilerai rien de l’intrigue, j’estime que pour un polar noir, c’est pitié que d’en déflorer ses ressorts (déflorer des ressorts ??? Ptain, je ne m’arrange pas, moi…). Ce que je peux vous dire c’est que le tigre en question se situe par rapport à Charles Ingalls à peu près au même endroit que pourrait se trouver le marquis de Sade vis-à-vis d’une première communiante lourdaise. Quoique…
L’histoire se passe à Nantes. Entre flash-back où l’on fait la connaissance d’un môme dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’est pas le plus heureux des petits garçons et le présent arpenté par un flic opiniâtre et un profiler expert en tueurs en série. Ça tombe bien, car il pleut des victimes passablement massacrées. Et la méthode rappelle… Stooooop !!! J’avais dit que je ne dévoilerais rien de l’intrigue et j’en suis presque à vous raconter la fin.
Ce que je vais faire c’est que je vais plutôt partir sur le style de l’auteur. Et vous confier un truc. Depuis que je lis les polars ou les nouvelles de Michel Dréan, je suis médusé par sa capacité à tricoter des phrases imparables. Pourtant il n’y a pas trop de mystères au premier abord : un sujet, un verbe, un COD ou un COI et roule ma poule, on tient une phrase. Ben oui… sauf qu’il y a une grosse différence entre un écrivain et un tâcheron. Et les phrases de Michel, je les savoure. Je ne sais pas comment il se débrouille avec les éléments cités plus haut, mais c’est un peu comme quand un chef étoilé s’affaire avec des patates, de la crème et de la coriandre. Ça donne un truc qui vous sublime le palais alors que vous avec les mêmes ingrédients vous n’arrivez à faire qu’une vague purée avec des grumeaux.
Après avoir refermé son livre, l’autre soir, je me suis pris à part (j’aime bien discuter avec moi, je suis toujours d’accord) et je me suis dit que c’était son roman le plus noir. Dieu sait que des bouquins sur les serials killers, il y en a une papardelle et je n’étais pas loin de penser que Michel Dréan s’était attaqué à un trop gros morceau, que les gens étaient un peu las de lire les descriptions d’exactions de tarés dont Chattam et Grangé ont su tirer la quintessence gore afin d’attirer Luc Besson et Jean Reno pour une énième bouse cinématographique. Sauf que là ça marche. Les phrases sont tranchantes, les ambiances étouffantes, les personnages tour à tour glaçants et miséricordieux. L’intrigue plonge dans les tréfonds de l’âme humaine et nous laisse pantelants au coin sombre de certains chapitres. Et si c’est son roman le plus noir, c’est aussi son livre le plus abouti. C’est une mécanique d’horlogerie. Aucun remplissage. Aucun tirage à la ligne. Chaque dialogue a son importance. Chaque description de scène ou de décor est là pour vous emmener là où il veut vous emmener. Et il ne vous lâche pas.
En retour, je n’ai pas lâché son « Deuil du tigre ».
Plus que chaudement recommandé.